Le blanc laiteux du ciel

Tu voulais boire le lait du ciel et lire toutes les nuances et connaître toutes les peines et les joies.

Tu voulais déchaîner ton cœur contre le mur le briser et chercher derrière tous les cols et les pics et au fond de la mer. Faire justice. Démasquer tous les faussaires. Brûler les prisons. Engendrer un nouveau langage. Faire exister ce qui est à peine perceptible, à peine dicible, pourtant là, toujours là.

Il y avait eu les vagues, et surtout la grande déferlante. Ce moment qui faisait vibrer vos chairs, qui s’est imprimé en toi, où vous croyiez à d’autres possibles. Mais en surplomb, des statues de fer ont retendu les fils, moins douloureux mais plus étroits.

Et maintenant tu es dans un coin, le corps ramassé sur lui-même et l’angoisse comme un trou dans ton ventre qui t’aspire les tripes. (Je t’en prie, ne les perds pas.) Même si tu es debout. Encore.

Il y a des jours, tu arrives à désamorcer tout ça. A te greffer. A faire partie du monde. A te remettre en marche. A retrouver les échos de l’union des rues et du feu. A y rester fidèle.

Mais après certains réveils, tout est épreuve. Même le vent. Les visages dans la foule, les rires. Les costumes repassés. Et tu ne te lèves pas.

La file des anciens amis qui se rangent ou s’exilent s’allonge toujours un peu plus, et ceux qui les remplacent ne les égalent pas. De nouveaux tapages. La déferlante est passée, sans doute pour longtemps. Restent les bouillonnements sourds, tranquilles, des réarrangements. Comme après une gueule de bois.

Ce poids dont tu n’arrives pas à te défaire. Depuis toujours. Depuis longtemps. (Ta mémoire te joue des tours.) Depuis qu’il s’est chargé de ce que tu as perdu, le blanc laiteux du ciel est trop lourd.

Tu avais effleuré le ciel, humecté tes lèvres de son lait. Avant qu’il ne s’effondre sur toi et te brise les os. Te remettre, dans la douceur des défaites, dans l’amertume de la douceur, dans le souvenir d’un corps perdu. Rien n’est jamais acquis. La mort est toujours là qui te tente. La mort ne veut toujours pas de toi.

Il y a des choses, personne ne peut les faire à notre place. Il n’y a personne entre soi et le vide.

Il y a des choses, personne ne peut les faire à notre place. (Mais on aimerait bien être ensemble à les faire.)

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