Ce moment où l’on bute contre soi

C’est être assis à côté de quelqu’un qu’on aime, ou plutôt qu’on pourrait aimer

Et ne pas pouvoir tourner la tête, ne même pas en avoir envie, ou en avoir envie mais avoir le cou paralysé par l’angoisse

Être là, comme dans la nostalgie de ce qui est présent, son corps à lui à côté de son corps à soi

Ça se sent, ces choses-là, quand on reconnaît quelqu’un qu’on ne connaît pas

A la façon qu’il a d’enfiler les mots, de baisser les yeux, de bouger ses mains

A la façon qu’il a de remuer quelque chose, au fond de soi, de réveiller les failles bien profondes au fond de soi

Le désir nait des failles, il les révèle et en fait sortir d’autres existences dont il faut se saisir

Mais il y a ce moment où l’on bute contre soi

Quand on est surpris de tout le magma enfoui qui se réveille

Mais qui ne sait pas comment s’extirper de soi

Et la petite vie réglée sur les heures déraille un peu

On se sent fatigué et las, on se sent impuissant parce qu’on n’arrive même pas à tourner la tête, à ouvrir la bouche, et à faire sortir ce qui doit sortir

On n’arrive même pas à capter le regard de celui qui est à côté de soi pour qu’on sache si on l’aime ou pas

On est comme prisonnier de soi

Avec son désir plus grand que soi

Et on sait qu’il faut qu’on s’y accroche mais on a le vertige

Et alors on se dit qu’il faudrait peut-être laisser faire les corps

Les laisser reconnaître si le rythme est le bon, si l’odeur est familière, étrange, si le souffle est comme le vent qui nous traverse

Les laisser parler leur langage avant de s’envelopper de la nuit et des rêves

Mais au matin il y aurait le couperet

Le premier regard évité, les pas qui se dirigeraient vers la porte et l’au revoir qui sonnerait comme un doute

Et l’attente. Et plus rien.

Seulement sa béance, le corps en négatif à côté de soi, avant qu’on le gomme, qu’on le griffe de la mémoire

Et alors, ce à quoi on renoncerait, ce serait un peu à soi

Aux parties de soi qui ont jailli des failles

qui se rendormiraient mais qui grinceraient le long des heures, qui frotteraient, et peu à peu elles aspireraient au fond d’elles les désirs

Et puis tout serait figé

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