L’Aïd

J’ai regardé le mouton se débattre sur la terrasse. Ils l’ont amené près de l’évacuation, il trainait les pieds, il bêlait. Ils l’ont maintenu au sol et le boucher a sorti son couteau. Les fils maintenaient la tête et le boucher a tranché la gorge, d’un geste sûr, maîtrisé. Le sang a commencé à couler, le mouton était parcouru de spasmes, comme s’il essayait de courir, dans le vide, aveuglé. Puis les mouvements se sont faits moins énergiques et peu à peu, la gorge béante, le mouton s’est immobilisé. Je ne sais pas exactement quand la vie est partie et c’était troublant de ne pas savoir.

Ensuite on a traîné son corps jusqu’au crochet et on l’y a suspendu par la patte arrière. Le père a lavé le sang sur la terrasse, les giclures sur le mur, très vite, avant que ça sèche. Et devant moi, geste par geste, morceau par morceau, l’animal est devenu viande.

La viande, je n’en mange plus, depuis plusieurs années. Mais on m’a dit que de mettre à cuire un morceau de mouton encore chaud de la vie qui vient de le quitter procure une sensation étrange, nouvelle, à ceux qui sont habitués aux escalopes surgelées des supermarchés. Trouble de la chaleur de la viande fraîche, quand ce que l’on connaissait, c’était seulement le froid de la viande conditionnée.

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